La “vidéo off” de Sarkozy de France 3
Auteur: lescam • 1 Jul 2008 • Categories: Les News, politique, videosQuand on est Président, qu’on s’appelle Nicolas Sarkozy et qu’on réforme le service public, on ne vient pas sur le plateau de France 3 sans risque. Interrogé avant-hier soir pendant plus d’une heure par les journalistes de la chaîne, le chef de l’Etat se laisse aller sur le plateau à quelques remarques «off» à quelques minutes du direct avec les journalistes en place, dont Paul Nahon, directeur de l’information de France 3. Pas de chance, Rue89 s’est procuré la vidéo.
Le contexte est le suivant: une maquilleuse et un technicien de France 3 s’affairent autour de Nicolas Sarkozy. On lui prépare les micros. Le Président salue le technicien. Répond-il à ce technicien qui lui aurait dit bonjour, ou le Président est-il le premier à le saluer, sans recevoir de réponse? Ce n’est pas clair. Toujours est-il que Nicolas Sarkozy secoue la tête, contrarié. «C’est une question d’éducation», lance-t-il d’abord, avec un clin d’œil. Puis: «Quand on est invité, on a le droit que les gens vous disent bonjour quand même, ou on n’est pas dans le service public. On est chez les manifestants… C’est autre chose. C’est incroyable. Et grave.» Le Président termine sa leçon, et se montre cette fois menaçant: «Ça va changer…»
«Incident avec un autre technicien»
Selon un témoin de la scène, le Président ne s’adresse pas au technicien qui lui branche le micro, mais à un autre. «Il y a un incident avec un technicien, mais qui n’est pas celui qu’on voit à l’écran, affirme cette personne, qui n’exclut pas non plus que le chef de l’Etat ait croisé juste avant un autre technicien avec un T-shirt «Plus belle la vie sans Sarkozy», non sans l’énerver. Ce qui est certain, c’est que «Nicolas Sarkozy est arrivé agacé à cause des manifestants de France Télévisions qui l’ont accueilli à l’entrée».
«C’était tendu à cause du comité d’accueil», confirme à Libération.fr Véronique Auger, rédactrice en chef Europe à France 3, présente lors de l’interview. «Cette histoire de bonjour, je croyais que c’était lié à la manifestation, j’en était persuadé sur le moment, affirme-t-elle pour sa part.
«L’analyse de Rue89 est totalement fausse»
En revanche, l’article de Rue89 reste au travers de la gorge de Véronique Auger. «Je suis profondément choquée qu’on mette des choses comme ça sans vérifier. C’est de la désinformation, ce ne sont pas des méthodes journalistiques.» Elle poursuit: «L’analyse de Rue89 est totalement fausse. Ce n’était pas du tout glacial sur le plateau. Il est normal qu’il y ait du silence, on se concentre juste avant le direct. C’était même plutôt sympathique et décontracté étant donné le contexte.»
Réponse d’Augustin Scalbert, à l’origine de la diffusion de la vidéo. Le journaliste de Rue89.com confirme qu’il n’a «pas appelé les gens de France 3». Et il raconte à libération.fr les conditions dans lesquelles il a récolté son information: «J’ai vu ce qui se passait sur un écran du circuit de vidéo interne de France Télévisions. J’ai d’abord mis en ligne, à l’écrit, ce qui se passait dans notre live blogging. Puis je me suis débrouillé pour obtenir cette vidéo. On ne m’a pas proposé de la diffuser», précise le journaliste, qui s’étonne que Véronique Auger tienne des propos «proches de la ligne de l’UMP, qui parle de manipulation. Pourquoi parler de désinformation pour une vidéo non coupée et diffusée dans son intégralité?»
«Ça va changer»
Quand au sens du «ça va changer» de Nicolas Sarkozy, Véronique Auger apporte la clarification nécessaire: le reste de la conversation. «On ne comprend pas bien quand il dit “on a le droit que les gens vous disent bonjour”. Je crois comprendre qu’il parle de l’accueil des manifestants. Je lui réponds “C’est ça la France.” Lui: “C’est l’ancienne. Ça va changer”. Il ne parlait donc pas de France 3». Gérard Leclerc, lui aussi présent sur le plateau, donne la même version au site arrêtsurimages.net.
Les moments de tension avec Nicolas Sarkozy, les journalistes de France 3 y sont habitués. Pendant la campagne présidentielle, déjà, le candidat avait piqué une colère en arrivant dans la salle de maquillage de l’émission France Europe Express, selon le Canard Enchaîné. Aucune place ne lui était réservée, il a dû attendre plusieurs minutes debout. Sacrilège ! Ou encore cette interview sur France 3 Nord-Pas-de-Calais, en mars 2007, où Nicolas Sarkozy a qualifié de «malhonnête» et «sommaire» un reportage sur l’imprimerie nationale de Douai.
«Tu es resté combien de temps au placard?»
Sur le plateau du 19/20, Nicolas Sarkozy s’intéresse maintenant au journaliste Gérard Leclerc, qui va l’interroger dans quelques minutes: «Ça fait plaisir de voir M. Leclerc à l’antenne. Tu es resté combien de temps au placard?» lui demande le Président, alors que le journaliste de France 3 a signé avec d’autres, dont Audrey Pulvar, une tribune dans Le Monde pour le moins critique sur la réforme de France Télévisions. «Deux années, répond Gérard Leclerc, un peu gêné. C’était la maison d’à côté.» «Tu as fait les étagères», plaisante Audrey Pulvar. Nicolas Sarkozy ajoute: «J’avais protesté quand on l’avait mis au placard».
A cinq minutes du direct, le chef de l’Etat fait une demande: «Vous voulez pas poser une question d’actualité sur Carcassonne?» Paul Nahon, un peu hésitant: «On pensait…» Nicolas Sarkozy: «C’est à vous, hein?» «De toute façon, on en parle, lance Nahon. On parlera de Carcassonne avec le Président après, hein? Yes! Parfait!»
«Madame, monsieur, bonsoir…»
Source Libération
Tags: France 3, Nicolas Sarkozy
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